Création française de « Street Scene », de Kurt Weill (Episode 2)
(Le magnifique Ice Cream Sextet, dans la version du Lexington Opera House – 2008)
Ce soir, première française à Toulon du Street Scene de Kurt Weill. Attention, chef d’œuvre.
La Générale de mercredi soir a déjà été un gros succès. Salve d’applaudissements à l’entracte, enthousiaste bronca à la fin — un grand quart d’heure de bravos.
Nous avons hâte de voir le show — dont nous vous rendrons compte.
En attendant et pour patienter, j’ai posé cinq questions apéritives à Olivier Bénézech, qui met en scène le spectacle.
Glitter : Vous venez de mettre en scène Amadis, de Lully, un opéra français Louis Quatorzième qui n’avait jamais été remonté depuis sa création, un gros challenge, donc — et obtenu un énorme succès public. Ce mois-ci, vous êtes à Toulon pour réaliser la création française de Street Scene de Kurt Weill. N’est-ce pas un gigantesque grand écart ? En terme de travail, de style, de genre et de goût ? Ou alors y a-t-il une connexion entre ces deux œuvres, qui permettent à un metteur en scène de les exprimer et l’une et l’autre, en dehors de toute notion de spécialités, d’étiquettes qu’on agraphe souvent ici en France sur le front des metteurs, en les associant ad vitam à certains répertoires?
Olivier Bénézech : Lully et Weill sont tellement à l’opposé que l’esprit ne risque guère de s’égarer… C’est certainement difficile d’enchaîner un Glück à un Lully, mais pas Weill. Par contre la technique de travail, tant pour la préparation que la réalisation, elle est exactement la même. On situe l’oeuvre dans une perspective historique, on définit des choix esthétiques en conséquence, puis on répète avec des chanteurs selon des modes de fonctionnement identiques: ce qui compte c’est l’échange, la psychologie, la détermination à suggérer ce que je désire en donnant à l’acteur l’impression que les informations viennent de lui. Il suffit de mettre l’acteur en condition et en confiance pour obtenir tout ce que l’on veut, sauf en cas d’individus dotés d’un « sur moi »… ce qui arrive chez les artistes! Sinon les appartenances à tel ou tel style pour un metteur en scène c’est de la foutaise, c’est dans l’esprit des journalistes qui veulent faire croire qu’ils « savent ». Regardez le cinéma…
Glitter : Street Scene, un opéra, ou une comédie musicale ?
Street Scene est un opéra écrit par moment avec le langage de la comédie musicale. Comme Porgy and Bess.
Glitter : Comment fait-on un casting pour ce genre d’ouvrage qui appartient à plusieurs courants différents ? Quels sont les paramètres interprétatifs exigés par l’œuvre ?
Olivier Bénézech : C’est long mais pas difficile. Il suffit d’étudier ce que l’écriture exige. Nous n’avons fait aucune audition (en général ça ne sert à rien!). Dans le théâtre lyrique la distribution est majoritairement choisie par le directeur artistique du théâtre, qui en a, en principe, les compétences. Nous avons été voir les gens jouer, de New York à Londres. Quant aux cast français, ce sont des acteurs avec qui j’avais déjà travaillé et que j’ai proposé.
Glitter : Comment avez-vous orienté votre travail de conception quand vous vous êtes confrontés à cet ouvrage majeur de Kurt Weill?
Olivier Bénézech : Servir l’œuvre sans y superposer un autre discours que celui des auteurs. J’ai aussi essayer de penser au public français, différent de celui de NY.
Glitter : Faire du grand spectacle musical américain – et qui plus est, quasi inconnu – en province, dans une maison d’opéra, c’est possible ? N’est-ce pas réservé à de grands théâtres publics ou d’état parisiens à très grands moyens (le Châtelet, pour ne pas le nommer) ? Y a-t-il un public pour ça (en regard des traditions de programmation des maisons d’opéra de province) ?
Olivier Bénézech :Oui ça coûte cher de monter un tel spectacle! Mais pour une maison d’opéra, qui possède la structure technique, les chœurs, l’orchestre, le ballet, au final ça n’est pas plus lourd qu’un Verdi ou un Mozart. Peut-être même moins! C’est juste une question de choix et d’avoir des coui…. Apparemment c’est ce que demande aussi le public puisque toutes les salles sont vendues! Je crois que le public est plus curieux que l’on ne pense. Mais il faut aussi qu’un rapport de confiance soit établi entre ce public et le lieu: à Toulon Mozart, Puccini, Verdi sont programmés régulièrement. Mais Charles-Henri Bonnet [ndr : le patron de l'Opéra de Toulon] a su aussi introduire Chostakovitch, Poulenc, Janacek, Piazolla… une diversité qui permet de fidéliser des nouveaux publics.
Nous signaler un contenu inapproprié

Dommage que je n’habite pas à Toulon (juste pour voir cette œuvre).
Signaler ce Comment