« Show Boat »: une oeuvre de légende au Châtelet
Show Boat est généralement considéré comme la première véritable comédie musicale de l'histoire. A voir se dérouler l'action et les chansons de ce spectacle en ce mois d'octobre au théâtre du Châtelet, on a parfois du mal à croire que la première de ce spectacle s'est tenue à New York... en 1927.
L'action se situe à la fin du XIXè siècle sur un bateau-théâtre (Show Boat). "Les nègres triment pendant que leurs patrons blancs s'amusent" pour reprendre les paroles de la chanson d'ouverture. C'est cette description des rapports entre blancs et noirs qui fait toute la modernité de Show Boat. Pas de préjugé, pas de politiquement correct: cette description honnête d'une réalité sociale est à mettre au crédit du librettiste Oscar Hammerstein, futur auteur avec Richard Rodgers de quelques unes des comédies musicales les plus marquantes du XXè siècle (The Sound of Music, Carousel, South Pacific, etc.).

D'un côté, Joe et Queenie, les travailleurs, de l'autre le chef du bateau, sa femme, leur fille Magnolia et au milieu Julie, star du spectacle, métisse et surtout mariée à un blanc. Le malheur rôde, comme le chante Queenie dans le très beau Mis'ry's comin' aroun' et il va bientôt s'abattre sue le Show Boat. Suite à une dénonciation, Julie et son mari vont être obligés de quitter le bateau. Magnolia, elle, va remplacer Julie et tomber amoureuse d'un joueur invétéré... Pendant ce temps-là, le Mississippi continue de s'écouler.
Comme dans tous les grands drames, on rit aussi beaucoup. La principale figure comique de l'œuvre est le très épicurien Captain Andy. Il faut le voir terminer le spectacle à la place de ses acteurs - indisposés par l'agressivité de deux spectateurs, en mimer chacun des rôles.
Côté musique, la troupe de l'Opéra de Cape Town (Afrique du Sud) fait honneur à la sublime partition de Jerome Kern. On retiendra notamment le superbe Can't help lovin' dat man, par Julie, rejointe ensuite par toute la troupe (vidéo ci-dessus), un beau moment de comédie musicale. Il y a aussi le très rossinien duo au clair de lune You are love, le mélancolique Bill et bien sûr le légendaire Ol' man river, psalmodié (à quatre reprises, quand même) par Joe. Difficile de réprimer un frisson lorsque celui-ci s'écrie "I'm tired of livin' and scared of dyin''" Seul contre-exemple, le pourtant drôlissime Life upon a wicked stage, gâché par la voix faiblarde de son interprète, tombe complètement à plat.
Une production idéale pour commencer la saison, que devrait voir tout amateur de comédie musicale digne de ce nom.
Show Boat, du 2 au 19 octobre au Théâtre du Châtelet à Paris. Musique: Jerome Kern. Livret et lyrics: Oscar Hammerstein II.
| Nous signaler un contenu inapproprié

Si seulement je m’en étais souvenu, je serais allé m’émerveiller devant ce chef d’œuvre plutôt que voir un Wagner se faire massacrer à Bastille. Tant pis, on attendra le DVD.