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GLITTER AND BE GAY
Un blog à trois voix consacré au théâtre musical
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Broadway | Châtelet | Critique | France | 29.12.2010 - 00 h 06 | 6 COMMENTAIRES
My Fair Lady — Châtelet.

La Création Française de la version originale de My Fair Lady au Théâtre du Châtelet était un événement attendu. Création Française, car l’on ne peut véritablement considérer la tournée de l’ouvrage, il y a plus de dix ans  (à Mogador avec Richard Chamberlain) comme une vraie première locale.
On attendait merveilles de cette nouvelle production signée du grand Robert Carsen. Eh bien ! En effet. On a eu merveilles. La mise en scène de Carsen,  fluide, maline, est une vision très classique de l’ouvrage — mais faut-il vraiment une « relecture » de cette version musicale du Pygmalion de Shaw ? ce serait sans doute prendre le risque de dénaturer définitivement une pièce ancrée en son temps. Carsen s’est seulement permis de déplacer l’ouvrage à l’aube des années quarante — pour une question d’esthétique. On remarquera donc dans le spectacle tous les « gimmicks » habituels et passages obligés  des mises en scène de My Fair Lady — magnifiquement réalisés.

Le décor de Tim Hatley est d’une grande beauté. Intégralement dans les blancs, jouant des ombres et des lumières, des a-plats et des reliefs, imagine un Londres à la fois réaliste et délicieusement « de carte postale » — le décor de Covent Garden est particulièrement réussi — ou joue de sobriété, avec une justesse remarquable — l’intérieur de la demeure de Madame Higgins, aussi moderne que son fils est conservateur.

My Fair Lady, un thé à Ascot

De la distribution, l’on ne peut en dire que du bien : Sarah Gabriel est une touchante Eliza, qui sait varier sa palette d’expression, de la gouaille cockney à la grâce la plus exquise, tantôt populaire, tantôt élégante. son « Just You Wait » était particulièrement réussi et théâtral, « I Could Have Danced » d’un charme absolu, « Show Me » un peu en dessous — du point de vue de l’énergie, de l’énervement et de la rage qu’Eliza doit montrer — et pourtant convaincant. Ses partenaires sont admirables : Ed Lyoon est un Freddy plus que bien chantant (bien qu’on se passerait aisément de ces coquetteries de ténor qui ternissent la fin de « On The Street Where You Live »), drôle, séduisant, en un mot: exquis. Alex Jennings est un Professeur Higgins plus que parfait (que dire de plus après qu’il ait été couronné d’un Laurence Olivier Award pour ce même rôle à Londres, pour le revival de l’ouvrage en 2003). sa gestion du parler-chanter est impeccable, le personnage odieux et attachant à souhait, d’une réjouissante mufflerie, tout comme est délicieux le Pickering de Nicholas Le Prevost – parfait. Une mention spéciale pour Donald Maxwell, baryton d’opéra très connu des scènes lyriques, qui incarne le père Doolittle avec une fantaisie dont on ne se lasse pas – il n’est même pas la peine de noter la qualité musicale et vocale de son interprétation tant Maxwell excelle. L’ensemble de la distribution réunie ici par Jean Luc Choplin est, quoi qu’il en soit, à saluer bien bas.

My Fair Lady, Alex Jennings(Higgins) et Nicholas Le Prevost (Pickering), dans le bureau d'Higgins

Dans la fosse, l’Orchestre des Concerts Pasdeloup, dirigé par Kevin Farell — déjà en fosse pour, la saison précédente, Sound of Music. Le Pasdeloup est fidèle à sa réputation d’excellence : une fois encore, il accompagne le show avec toute la musicalité, le punch et le swing requis — rendant grâce à l’excellente partition de Loewe, compositeur phare de Broadway et maître parmi les maîtres du genre. Je n’ai en revanche pas été conquis par la direction musicale de Kevin Farell  : des molesses qui me paraissent contestables (la lourdeur de toute la coda de la valse de l’Ambassade de Transylvanie qui clôt le 1, « The Rain In Spain », dont la partie orchestrale brille par sa mollesse, malgré les efforts du Pasdeloup pour dynamiser un chef globalement peu passionnant – pareillement pour le petit choral qui conclut « You Did It » acte II) et des choix musicaux qui m’ont troublé : pourquoi ne pas suivre les indications de la partition, qui propose trois tempi différents (de plus en plus rapides) lors des « Poor Professor Higgins » chanté en choeur par les domestiques entre chacune des difficiles leçons d’Eliza (Acte I), et demeurer au  seul 1er tempo pour les trois interventions ? Pourquoi tant de maniérismes dans le « Just You Wait » d’Eliza ? Certes, il est agréable de voir un chef souligner la théâtralité d’une chanson, de le voir mettre en relief les raffinements musicaux qui accompagnent et servent le texte, mais de là à « plomber » toute une chanson pour montrer sa compréhension du numéro… Le spectateur que je suis a eu quelques sursauts d’agacement.

Malgré ce petit détail de direction d’orchestre, My Fair Lady est un des spectacles parmi les plus recommandables (si ce n’est le seul) qui se puisse voir dans un grand théâtre parisien en ce moment…

LES réactions (6)
My Fair Lady — Châtelet.
  • Par florine 29 Déc 2010 - 13 H 22
    Photo du profil de florine

    j’y étais hier soir ^^
    sinon je suis loin ( très loin ) d’être une connaisseuse alors je dirais juste que j’ai passé un bon moment et que effectivement les décors sont superbes et mettent bien dans l’ambiance, du coup je recommande ( d’autant plus que j’ai préféré celui la à The Sound Of Music ).

     
  • Par Papageno 29 Déc 2010 - 13 H 55

    Moi je voulais y aller, mais vous avez vu les prix ?!

    27€50 pour se retrouver derrière un pilier ou dans un angle mort, et 101€50 pour être dans les bonnes places !

    Moi, j’ai pas les moyens de cette culture-là.

     
  • Par Barakin 30 Déc 2010 - 3 H 28

    Les places à 10euros de la poullailes sont très honorables.
    Je n’ai pas raté un seul spectacle du Chatelet depuis Septembre 2009 grace à elles. Et je n’ai pas vraiment à m’en plaindre.

     
  • Par Mitch 30 Déc 2010 - 12 H 28

    hum, hum, la critique le 29 décembre d’un spectacle qui se finit le 2 janvier et qui est de toute façon complet ? 😉
    sinon, oui, My Fair Lady vallait vraiment le coup d’oeil (même si 50 euros (3e catégorie) pour au final ne pas voir grand chose de la scène est un peu crispant)

    question pour @Barakin :
    est-ce que les places de 10 euros peuvent être « honorables » même lorsqu’on n’est pas bien grand, quelles sont leurs défauts principaux? (pour une prochaine fois)

     
  • Par Papageno 30 Déc 2010 - 16 H 41

    Mais pour celles-là il faut se présenter 15 mn avant et il faut qu’il reste des places disponibles.

    Moi je n’habite pas Paris :/

     
  • Par vincenti 07 Jan 2011 - 10 H 32

    j’y suis allée c’etait un cadeau .Jetais tout devant completement a gauche le prix je crois etait de 79,50E.je ne voyais pas l’extreme cote gauche mais le spectacle était génial .la qualité vocale meilleure que dans la version cinématographique ,les choré de qualité , le rythme toujours soutenu un prof Higgins excellent ainsi que Christine Arand au cockney delicieux( pas facile pour une americaine ,lyrique de formation), un orchestre genereux avec le public, bref un grand moment de culture et d’evasion du peps pourla vie quotidienne!

     
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