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GLITTER AND BE GAY
Un blog à trois voix consacré au théâtre musical
Broadway | Châtelet | Critique | 30.01.2013 - 00 h 56 | 1 COMMENTAIRES
Street Scene au Châtelet, un Broadway opera.

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Street Scene au Châtelet

Street Scene au Châtelet

Le Châtelet poursuit sa saison Broadway par la création parisienne de Street Scene, l’opéra américain de Kurt Weil ; un chef-d’oeuvre absolu qui n’avait jamais eu les honneurs d’une présentation dans la Capitale.Le Châtelet a importé la production du Young Vic Theatre de Londres, co-produit en 2008 avec le Watford Palace Theatre. Il faut bien sûr saluer la belle idée du Châtelet. Comment Paris pouvait-il encore ignorer ce chef d’oeuvre absolu de l’opéra américain [même si l’oeuvre fut originellement créée à Broadway à l’Adelphi Theatre, le 9 janvier 1947] ? Street Scene que l’on dénomme également Broadway Opera est la synthèse — du moins selon les souhaits de Kurt Weill — du Broadway Show et de l’Opéra européen. Une écriture lyrique qui fleure bon son XX° siècle viennois,  revue par le  style  musical, une orchestration sophistiquée — signée de Weill lui-même, quand la tradition de la République du Spectacle permet que des orchestrateurs s’emparent de la particelle originale — , un travail harmonique singulier, un sens inouï de la scène, hérité des expériences antérieures de Weill [ du Brecht de l’Opéra de Quat’ Sous écrit avec Brecht au génial opéra bouffe Der Zar Läss sich photographieren (le texte en est signé du remarquable dramaturge berlinois Georg Kaiser) en passant par cet extraordinaire musical qu’est Lady in the Dark  (Moss Hart & Ira Gershwin) ou encore l’intéressant Love Life (Alan Jay Lerner)] … l’ensemble au service d’un chronique dramatique théâtralement sans défaut — signée du reste de deux des plus grands noms du théâtre et de la poésie américains.

Chaque écoute de l’oeuvre est un éblouissement, de nouvelles beautés s’en dégagent, de nouvelles surprises dramatico-musicales se font jour — on croit l’avoir explorée quand soudain, un subtil détail paraît et renforce encore la fascination que Street Scene provoque chez ceux qui découvrent l’ouvrage.
La production présentée au Châtelet obtint en 2008 à Londres l’Evening Standard Award pour Best musical. On serait bien tenté, à voir cette production reprise cinq ans plus tard, de se demander pourquoi. Ce n’est d’abord pas une production « complète »; tout au plus, une production « semi-staged » améliorée, dont les défauts m’apparaissent criants. A commencer par le parti-pris de direction d’acteur, qui fait de l’illustration gestuelle des lyrics une règle que l’on subit deux heures trente durant. Je fus gêné également des « chanteurs à rôles multiples »,  trop reconnaissables et sans véritable caractérisation de personnage pour chacune de leurs incarnation. L’absence de décors — une construction en bois, dans laquelle est logée l’orchestre sur un rez-de-chaussée et un étage, desservi par deux escaliers censés figurer l’accès des immeubles où vivent les habitants de cette Street — se veut palliée par un travail sur le son de la rue (y compris le chien d’une locataire, qu’elle promène régulièrement), diffusée par les hauts parleurs. Le parti pris tourne hélas un peu trop court. La manière dont la pièce est écrite, finalement, se venge : elle exige un certain réalisme dans la réalisation scénique. Si l’action n’est jamais mélodramatique, les personnages dessinées par Elmer Rice pourraient être ceux d’un mélo. Et le contraste entre le « type » de personnages et leur traitement demande, pour être encore plus sensible, prégnant et porteur de sens, une décoration réaliste, voire terriblement convenue, au raz des didascalies de décor.

La distribution du spectacle est inégale. J’ai cru un instant que le ténor incarnant Sam, Paul Curievici, allait me transporter dans un de ces délices vocaux qui font ma gourmandise : son timbre de ténor léger, spécifiquement anglo-saxon, sa voix ductile et souple, son jeu convaincant perdent soudain toute saveur dès que la tessiture se tend. La voix devient alors terriblement incertaine, les aigus semblent instables et inconfortables — la sensation qui en résulte m’a provoqué quelques violentes frustrations musicales. En revanche Geof Dolton est un Frank Maurrant particulièrement crédible et singulièrement effrayant — la violence qui sourd de chacune de ses répliques ou sous chacun de ses mouvements et ne demande qu’à exploser bientôt est tout à fait impressionnante. L’habileté du chanteur comme celle de l’acteur portent à l’admiration. Du côté des filles, Sarah Redgwick incarne une Anna Maurrant très touchante, tout comme Susanna Hurrel, au chant élégant et racé (Rose Maurrant).
L’Orchestre des Concerts Pasdeloup était mené par la baguette de Tim Murray, simplement excellent. Le Pasdeloup, d’une grande tenue, était desservi par le décor qui l’enserrait : trop loin en scène (l’espace de la fosse, conservé, n’aidait pas à diminuer cette sensation d’éloignement), il eut mérité d’être mieux sonorisé, d’autant que le nombre de cordes, qui est nettement dicté par la place disponible dans l’espace imparti a l’orchestre au sein du décor, s’avère terriblement insuffisant. Quand l’harmonie et la batterie pétaradent avec allégresse, les cordes ne sont qu’un tapis indistinct et lointain. Cela gâcha un peu mon plaisir .

L’Opéra de Toulon avait fait la création française de l’ouvrage il y a deux saisons, dans une mise en scène réussie et inventive d ‘Olivier Bénézech — une distribution anglo-saxonne excellente, une réalisation musicale soignée et de très bonne tenue, malgré des moyens financiers qui ne sont naturellement pas ceux d’un théâtre de la capitale. Je me suis pris à regretter, durant la représentation, que ce ne fût pas cette production qui ait été reprise au Châtelet.

lien intéressant : 

 

 

Pour info, l’Orchestre des Concerts Pasdeloup donnera un concert au Châtelet ce prochain samedi 2 février, avec la merveilleuse et ravissante soprano algérienne Amel Brahim-Djelloul dans un programme qui ose des pages symphoniques de Wagner, avec les Chants d’Auvergne de Joseph Canteloube et surtout Hélix (que l’on peut déjà écouter ici, aux Prom’s) du célèbre maestro et compositeur contemporain Esa-Pekka Salonen, qu’il faut absolument découvrir, pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’entendre sa musique.

Critique | Opera Bouffe | Théâtre musical | 21.09.2011 - 17 h 22 | 3 COMMENTAIRES
Vive tous les Renés énervés ! — Rond-Point, 10.09.2011

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Une création de comédie musicale pour commencer la saison : quel meilleur augure pour 2011/2012 que celui-ci? D’autant que le propos est basé — comme tout opéra bouffe qui se respecte — sur les aventures de personnages issus du monde réel. Sarkozy, rien moins que lui, objet d’une joyeuse satire théatro-musicale, suivi de sa cohorte de veules courtisans et autres compétiteurs grotesques. Une opérette politique, en somme. Bon dieu, comme cela fait du bien, le théâtre musical ramené à sa source première.

Jean-Michel Ribes a tricoté un livret et des lyrics aux petits oignons. René l’énervé, bouillant Achille moderne, vibrionnant épicier poussé jusqu’au destin présidentiel, est élu en remplacement  du vieux chef de l’état : Les citoyens d’un pays imaginaire cherchent un nouveau leader, leur vieux président malade s’en allant. Soudain, ils aperçoivent un petit homme agité courant matin et soir. Il se nomme René. Énergique et courant droit, n’appréciant que le bon sens. René est repéré par le parti majoritaire. L’heure est électorale et René est matinal. Soutenu par sa mère, René devient l’homme providentiel d’un pays en mal d’autorité à poigne et de confort sécuritaire. Autour de lui, des opposants s’opposent, emmenés par Ginette et Gaufrette, résume le programme.

Les scènes de Ribes – en vers de rimes plates, comme pour souligner la dimension parodique – sont très souvent désopilantes et s’attaquent aux épisodes qui ont marqué le quinquennat. Le personnage étant un bonheur pour les auteurs … Habile, Ribes écrit ses lyrics avec soin – il les bichonne, il les polit, il les sophistique (j’ai noté quelques rimes internes, de la rime senée, aussi, et quelques autres façons de lettré qui donnent de la tournure et font sonner l’esprit). Si quelques vers sentent parfois légèrement le dictionnaire de rimes – ce qui prouve qu’au moins lui en a un et sait s’en servir – la grande qualité générale des lyrics fut un bonheur pour moi.
La partition de Reinhardt Wagner mérite des éloges; l’esprit de Weill plane, discrètement – efficacement. L’écriture inventive, à la fois mélodique et subtilement aride – le « joli » opérettique n’est pas une règle à suivre absolument – , les sections de style et d’humeur différentes qui s’ajustent les unes aux autres, le souci de la prosodie et de la bonne compréhensibilité du texte, dénotent d’une maîtrise d’écriture certaine et d’un vrai sens du théâtre musical.
Très étrangement, on apprécie encore plus la partition de René l’Enervé au disque. Pourquoi ? Le son, sans doute, qui n’est pas des plus flatteurs pour l’ensemble instrumental. Le piano sonne  assez « Bontempi » là ou l’on attend une chaleur, une plénitude ou une verdeur – du Steinway grand concert au piano « bastringue » … -, qui enrichit l’orchestration de ses harmoniques au lieu de l’aplatir (cela rend toutes les doublures de lignes mélodiques et la fonction de remplissage harmonique du piano spécialement fades et pesantes) – une orchestration pour petit ensemble   de poly-instrumentistes (remarquables musiciens !) alla Weill, justement.
J’étais par ailleurs gêné de remarquer que l’ensemble instrumental ne sonne  pas homogène. Question d’acoustique, sans doute. Mais aussi, et sûrement, de direction musicale,  que j’ai trouvé ce soir là routinière et sans feu, sans réelle conception stylistique globale, plus attachée à la cohésion rythmique générale et à la battue  qu’à la couleur et au velouté qu’appelle justement, par la loi des contrastes, la musique de Reinhardt Wagner  (qui demande, de mon point de vue, que s’accordent subtilement, comme dans les ouvrages de théâtre musical de Weill, rigueur et saveur).

René, c’est le formidable Thomas Morris, une personnalité bien chantante dont la vis comica ne se dément jamais tout du long de ces 2h30 de spectacle. Transformé en petit trotteur agité au physique ingrat, l’artiste réussit le tour de force de ne jamais charger le trait — la farce s’épanouit alors d’elle-même tant l’évocation du petit Nicolas devenu grand s’approche de la vérité. Un petit chœur antique – et à l’antique – introduit et commente les scènes et situations de la pièce. Ribes nous amuse de références à la vie de Notre Président pour de vrai  (sa campagne, sa mère, Neuilly, son élection, son goût pour le « bon sens », son divorce, son remariage avec Carla, la Chasse au Roms, etc….), transformées en délirants numéros musicaux – l’ensemble de la talonnette ou la chanson sur les Arabes, l’épisode « bling bling » faisant par exemple partie de ces moments les plus réjouissants du spectacle. Affublé à mi-parcours d’un double – un « autre lui-même » censé, que j’ai analysé comme l’émanation de ce qu’il aurait pu être au lieu de ce qu’il est – assiste effondré, effaré, à l’irrésistible ascension d’un abruti que rien ne peut ramener à la raison. Jacques Verzier, remarquable à son habitude, incarne ce René 2  avec une telle humanité qu’on se prend à presque éprouver de la sympathie (ou de la pitié) pour l’énergumène René 1. On se rappelle soudain avec gêne que ce dernier est un démarquage de Sarkozy – et l’on s’en veut presque d’avoir failli s’adonner au péché d’empathie… Le miracle du théâtre.
Autres personnages délirants et désopilants, Ginette et Gaufrette, Martine Aubry et Ségolène Royal croquées par un Ribes déchaîné. Martine semble plus vraie que nature – un peu tarte et gourmée, s’attachant à rattraper les bourdes de sa tribu en courageuse vraie bonne fille (Sophie Angebault, juste parfaite).  Ginette/Ségolène, emportée et grisée par son propre lyrisme un tantinet ridicule, est portraiturée avec brio par une Emmanuelle Goizé au meilleur de sa forme — irrésistible.
On ne dira jamais assez de bien de l’équipe du spectacle, parmi laquelle se distingue également Gilles Vajou, artiste impeccable d’une suprême élégance,  Till Fechner – ministre mi-Hortefeux, mi-Guéant- à l’autorité certaine, les gorgeous et bien chantants Benjamin Colin et Guillaume Severac-Schmitz, Sinan Bertrand (toujours irrésistible), Sébastien Lemoine (épatant), et Rachel Pignot (un délicieux rossignol dans le gosier) ou Jeanne-Marie Lévy, tordante Mamaman du Président.

En somme, et pour résumer, un spectacle qu’il est de salubrité publique d’aller voir !

Critique | 29.12.2010 - 01 h 38 | 4 COMMENTAIRES
« Phi-Phi » à l’Athénée: un chef d’œuvre de grivoiserie chic

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L’opérette est morte, c’est un fait. Alors, quand elle renaît de temps en temps de ses cendres, il ne faut pas se priver d’en profiter !
Ainsi, ce Phi-phi, d’Albert Willemetz et Henri Christiné, que présentent actuellement la Compagnie des Brigands à l’Athénée-Louis Jouvet.
Opérette-péplum qui rénova le genre léger au lendemain (pour de vrai !) de l’Armistice de 1918, grâce à l’introduction des rythmes de jazz et de la jambe nue dans un genre qui évoluait naguère dans les crinolines d’opéra-comique, Phi-phi raconte les aventures conjugales et extra-conjugales du fameux sculpteur grec Phidias – et de ses contemporains : Aspasie, maîtresse de Périclès, Madame Phidias, le Prince… Ardimédon et Le Pirée (oui, oui, le port perd ici son T  pour gagner un C quand il le faut, et devient un délicieux personnage… d’opérette). Phi-phi est une opérette légère aux couplets « gaulois », chef d’œuvre de grivoiserie chic, de sous entendus sexe et de situations délicieusement épicées et coquines. Pour dire clair, on y parle et chante « cul » durant trois actes (dont au moins deux sexuels).
Régulièrement massacré par des troupes amateur et des productions cheap, dans des décors néo gréco-romains en lycra-rayonne et dans des arrangements musicaux des plus douteux [et c’est le spécialiste d’Albert Willemetz qui vous le dit, et plus généralement du musical français d’entre-deux guerres, ndlr], Les Brigands ont réussi le pari de donne l’oeuvre dans son entièreté tout en évitant le poncif péplum, et l’opérette de grand papa poussive et ringarde. Le texte, follement spirituel quand il est bien dit (ce qui est le cas) pétille ici de tous ses feux, et les chansons, exprimées par une distribution aux grandes qualités, plongent le public dans la plus fine des rigolades – comme cela le fut pour la création de cette œuvre fondatrice de l’opérette du XXè siècle, qui resta quatre ans à l’affiche des Bouffes-Parisiens.
NOUVELLE VERSION DE LA PARTITION
Une version nouvelle de la partition a été réalisée : orchestration quasi à l’identique de ce que  fut celle de  la création : neuf instrumentistes (dont un sax) et le chef (l’orchestration courante, plus lourde, fut réalisée bien après la première et l’exploitation du spectacle), prouve toutes ses qualités. Cela « sonne » d’époque, plus proche du Jazz-Band alors à la mode que de l’opérette habituelle, et revigore la pièce d’une énergie qui ne demandait qu’à s’exprimer de nouveau, après tant d’années d’interprétations de Phi-phi banales et routinières.
La mise en scène de Johanny Bert est remarquable : travail réalisé avec des marionnettes, qui « sont » les personnages quand il le faut, tandis que les chanteurs le sont en d’autres occasions, le charme et la gaité, l’habileté comique des scènes coquines, font de cette mise en scène une mise-en-scène de Phi-phi avec laquelle nulle autre ne peut rivaliser. C’est une grande réussite, et il faut le dire bien fort. Ce n’est pas si souvent qu’une opérette est bien mise en scène – c’est à dire comme du théâtre chanté, et non comme de l’opéra qui fait rire…

L’esprit de la pièce est magnifié, et redonne à Phi-phi une seconde jeunesse bien méritée…  Je ne saurais que dire: courez-y, c’est jusqu’au 9 janvier, à l’Athénée. Deux heures de plaisir vrai, ça ne se refuse pas, par les temps qui courent.

Critique | 29.12.2010 - 01 h 10 | 5 COMMENTAIRES
Encore un tour de pédalos – on déteste

Je trouve mon camarade Xavier, qui a fait la critique ici même des « Pédalos II » d’Alain Marcel, d’une gentillesse et d’une mansuétude qui l’honore. Quant à moi, je crois que je ne serai pas aussi bienveillant dans mon compte-rendu de ce spectacle. Et je dis ceci avec d’autant plus de peine que je crois pouvoir me targuer de bien connaître Alain Marcel, ayant été longtemps l’un de ses collaborateurs, et d’être toujours l’un de ses fans – et de ses amis – les plus enthousiastes et fidèles. Lui, si talentueux, plume si brillante, si spirituel et inspiré, m’a déçu. Et je n’irai pas dans le sens de beaucoup de pédés ravis du spectacle juste parce qu’on y parle « de nous » — comme si c’était là une raison suffisante pour apprécier quoi que ce soit.

La représentation fut pour moi un cauchemar — alors, je vous la fais courte, ma critique. Le premier item de ce dyptique, créé en 79, « Essayez donc nos pédalos », était un spectacle musical qui parlait des gais de la fin des 70’s et du début des années 80 — à un moment où la visibilité gay était loin d’être établie. Une provocation, un délire, une fantaisie puissante, chargée de sens, propre à faire bouillir les consciences, rappeler aux gays qu’ils ne sont pas une sous-population française, que leurs vies, leurs désirs, leurs fantasmes ont autant droit de cité et autant de valeur que ceux des hétéros, qu’ils doivent prendre et assumer leur place « différente » au sein d’une société hétéronormée. Tout celà dans un maelström de chansons plus drôles, provocantes, et plus touchantes les unes que les autres (comment résister  à « Nous les Tantes » (Nous les tantes (bis)/on n’est vraiment pas méchantes/ on veut juste de temps en temps/un homme viril dans la fente),  à « Marrakech » (Je pars à Marrakech/me faire couper les quetsches/me faire pousser les pêches…), à l’irrésistible chanson sur la drague, au coming out du sexagenaire, … ). Ces « Pédalos II », trente ans plus tard, étaient censés évoquer les gays d’aujourd’hui.. du moins, c’est ainsi que le laissait entendre le texte  du programme.
Il n’en est rien. Cela raconte juste un auteur qui n’a pas mis les pieds dans le milieu gay depuis des lustres, et dont l’actualité gay se résume à des idées reçues… il y a au moins dix ans. Ainsi, la tragique chanson consacrée à la contamination (si jolie catchphrase : je suis le minet/contaminé). Est-ce vraiment la question, de nos jours, quand le vrai sujet sur la contamination est le bareback ? La gaytitude est à chaque fois éludée : la seule chose que raconte le spectacle, c’est une problématique post-coloniale et l’oppression. Il est étonnant de remarquer que sur les quatre personnages, un blanc, un juif, un arabe, un black, l’oppresseur, en quelque situation que ce soit, est toujours le personnage blanc… et que chaque situation traitée fonctionne sur l’opposition oppresseur/oppressé. N’est ce pas ce que sont les gays à travers le monde, des oppressés, me direz vous? Certes ! Mais alors, faites-nous donc un show sur l’oppression des gays à travers le monde, et non pas un spectacle qui se veut ouvertement un « état des lieux » marrant et caustique et en chansons, de la gaytitude française actuelle.
Aussi a-t-on droit à quelques moments embarassants : le juif ET pédé, étoile jaune et étoile rose, qui chante son désespoir (dans son camp) — merci, Alain, de nous avoir épargné qu’il ne fût également (par l’une de tes habiles pirouette d’écriture) Tzigane. Bon. Il aurait également pu être déficient mental… Et que dire de l’esclave mauricien, qui brâme son désespoir d’être le jouet sexuel de son maître (« Petit maître blanc/aura sa fellation »). Justement, rien.
Où me sens-je concerné dans ce spectacle ? Certainement pas par cette chanson abominable — qui pourtant commençait bien : « Nous sommes des fiottes » — avec ses intermèdes de comédie pathétique, absolument inécoutables, dialogues tellement stupides, gras, tarte à la crème ( « Oh, et la Fillon ? Non, elle est mariée!.. Et la Sarkozy ? pouah… ) que je me suis senti gêné pour les acteurs qui avaient à les délivrer. Et je repensais en même temps à mes « années Piano Zinc » où, même bourrés, au comble du délire collectif à une heure du matin, on n’aurait jamais osé « ça » tellement c’est pas drôle. La chanson s’achève sur un « Chiennasse » (nous sommes des) pour le dernier couplet : ultime moment de gêne, où la violence jetée à la face du spectateur n’est à peu près pas supportable. D’ailleurs, il était frappant de noter, le soir ou j’étais dans la salle, qu’aucun moment ne fut applaudi.

Ce spectacle n’appelle pas les applaudissements, on le reçoit en plein ventre, comme un boulet de canon. Sans doute l’effet recherché par Alain Marcel (et c’est là un désir d’auteur extrêmement légitime), mais pour de mauvaises raisons. Car on ne reçoit rien d’autre de ce spectacle que de la violence, de la haine, du règlement de compte. Aucune humanité, aucune tendresse, aucune fantaisie, aucune drôlerie, aucun amour. Que de la noirceur et de la haine, de la méchanceté envers ce que nous sommes – de ce qu’il est – du cynisme gratuit, jetée à la face du spectateur, pauvre victime des fantasmes et des névroses marcelliennes. À trop regarder son nombril, on en oublie celui des autres. Car on finit par voir, en filigrane de ce show, un autoportrait de l’auteur. Ni flatteur, ni attachant… ni intéressant.
Marcel s’est ici perdu lui-même. Est-ce l’effet Molière? La peur du jugement après un sublime Opéra de Sarah, couronné en 2009 du Molière du meilleur spectacle musical (j’en bave encore d’admiration) écriture sophistiquée au service de rien – ce qui se veut virtuose et malin sonne à l’arrivée comme du « dictionnaire de rime » tant cela ne défend aucun vrai propos –,  partition musicale complexe (Marcel veut-il montrer son savoir faire ? Inutile, on le connaît, il n’a plus besoin de passer le bac !) , anti-mélodique, à la fois gourmée et amphigourique, genreuse et poisseuse, difficile pour les interprètes et pénible à écouter pour les spectateurs… La partition ne soutient jamais réellement le texte, et l’un brouille régulièrement la perception de l’autre…  J’en pleurais de rage et de dépit durant la moitié du spectacle, tellement « mal » de penser du mal d’un spectacle de Marcel, que j’adore et que j’idolâtre généralement.
A la fin du spectacle, une chanson, « Sois Pédé » m’a fait relever la tête vers le plateau –j’ai tant regardé mes pieds, embarassé, durant le show– et je me suis dit : ah ! enfin ! De l’esprit ! une vraie marcellerie comme on les aime ! un peu de fantaisie et d’humour comme il sait faire, … Hélas, moins de deux minutes après, la chanson, qui s’annonçait provocante, follement tapiole, drôle et méchante comme on aime (c’est à dire tissée de tendresse), s’est rapidement délitée en une pitoyable chanson d’ensemble qui enfonce des portes ouvertes-au cas où le public ne sache pas « qu’il faut être gentil les uns envers les autres s’accepter tel que l’on est parce qu’après la mort il y a plus rien » … gnagnagnagnagna, contenu passionnant pour lequel on est bien contents de s’être déplacés au théâtre ce soir là.

Dans ce torrent de critique, il faut féliciter les quatre artistes qui se défoncent le troufignon et défendent de tout leur immense talent ces pédalos-là, accompagnés par le (trop) rachmaninovien Stan Cramer, talentueux comme à l’habitude.
En sortant du show, j’étais avec un vieil ami qui vit en son temps les premiers Pédalos, j’interrogeais mon ami sur les premiers pédalos. Il me fit cette remarque : En 80, ils défendaient quelque chose, ils montraient leur tripes, ils étaient eux, sur scène, pédés, engagés, provocateurs. Là, ce soir, ce sont des performers. Qui ne défendent rien, à part une œuvre.
Qui elle, malheureusement, n’est pas défendable.

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Broadway | Châtelet | Critique | France | 29.12.2010 - 00 h 06 | 6 COMMENTAIRES
My Fair Lady — Châtelet.

La Création Française de la version originale de My Fair Lady au Théâtre du Châtelet était un événement attendu. Création Française, car l’on ne peut véritablement considérer la tournée de l’ouvrage, il y a plus de dix ans  (à Mogador avec Richard Chamberlain) comme une vraie première locale.
On attendait merveilles de cette nouvelle production signée du grand Robert Carsen. Eh bien ! En effet. On a eu merveilles. La mise en scène de Carsen,  fluide, maline, est une vision très classique de l’ouvrage — mais faut-il vraiment une « relecture » de cette version musicale du Pygmalion de Shaw ? ce serait sans doute prendre le risque de dénaturer définitivement une pièce ancrée en son temps. Carsen s’est seulement permis de déplacer l’ouvrage à l’aube des années quarante — pour une question d’esthétique. On remarquera donc dans le spectacle tous les « gimmicks » habituels et passages obligés  des mises en scène de My Fair Lady — magnifiquement réalisés.

Le décor de Tim Hatley est d’une grande beauté. Intégralement dans les blancs, jouant des ombres et des lumières, des a-plats et des reliefs, imagine un Londres à la fois réaliste et délicieusement « de carte postale » — le décor de Covent Garden est particulièrement réussi — ou joue de sobriété, avec une justesse remarquable — l’intérieur de la demeure de Madame Higgins, aussi moderne que son fils est conservateur.

My Fair Lady, un thé à Ascot

De la distribution, l’on ne peut en dire que du bien : Sarah Gabriel est une touchante Eliza, qui sait varier sa palette d’expression, de la gouaille cockney à la grâce la plus exquise, tantôt populaire, tantôt élégante. son « Just You Wait » était particulièrement réussi et théâtral, « I Could Have Danced » d’un charme absolu, « Show Me » un peu en dessous — du point de vue de l’énergie, de l’énervement et de la rage qu’Eliza doit montrer — et pourtant convaincant. Ses partenaires sont admirables : Ed Lyoon est un Freddy plus que bien chantant (bien qu’on se passerait aisément de ces coquetteries de ténor qui ternissent la fin de « On The Street Where You Live »), drôle, séduisant, en un mot: exquis. Alex Jennings est un Professeur Higgins plus que parfait (que dire de plus après qu’il ait été couronné d’un Laurence Olivier Award pour ce même rôle à Londres, pour le revival de l’ouvrage en 2003). sa gestion du parler-chanter est impeccable, le personnage odieux et attachant à souhait, d’une réjouissante mufflerie, tout comme est délicieux le Pickering de Nicholas Le Prevost – parfait. Une mention spéciale pour Donald Maxwell, baryton d’opéra très connu des scènes lyriques, qui incarne le père Doolittle avec une fantaisie dont on ne se lasse pas – il n’est même pas la peine de noter la qualité musicale et vocale de son interprétation tant Maxwell excelle. L’ensemble de la distribution réunie ici par Jean Luc Choplin est, quoi qu’il en soit, à saluer bien bas.

My Fair Lady, Alex Jennings(Higgins) et Nicholas Le Prevost (Pickering), dans le bureau d'Higgins

Dans la fosse, l’Orchestre des Concerts Pasdeloup, dirigé par Kevin Farell — déjà en fosse pour, la saison précédente, Sound of Music. Le Pasdeloup est fidèle à sa réputation d’excellence : une fois encore, il accompagne le show avec toute la musicalité, le punch et le swing requis — rendant grâce à l’excellente partition de Loewe, compositeur phare de Broadway et maître parmi les maîtres du genre. Je n’ai en revanche pas été conquis par la direction musicale de Kevin Farell  : des molesses qui me paraissent contestables (la lourdeur de toute la coda de la valse de l’Ambassade de Transylvanie qui clôt le 1, « The Rain In Spain », dont la partie orchestrale brille par sa mollesse, malgré les efforts du Pasdeloup pour dynamiser un chef globalement peu passionnant – pareillement pour le petit choral qui conclut « You Did It » acte II) et des choix musicaux qui m’ont troublé : pourquoi ne pas suivre les indications de la partition, qui propose trois tempi différents (de plus en plus rapides) lors des « Poor Professor Higgins » chanté en choeur par les domestiques entre chacune des difficiles leçons d’Eliza (Acte I), et demeurer au  seul 1er tempo pour les trois interventions ? Pourquoi tant de maniérismes dans le « Just You Wait » d’Eliza ? Certes, il est agréable de voir un chef souligner la théâtralité d’une chanson, de le voir mettre en relief les raffinements musicaux qui accompagnent et servent le texte, mais de là à « plomber » toute une chanson pour montrer sa compréhension du numéro… Le spectateur que je suis a eu quelques sursauts d’agacement.

Malgré ce petit détail de direction d’orchestre, My Fair Lady est un des spectacles parmi les plus recommandables (si ce n’est le seul) qui se puisse voir dans un grand théâtre parisien en ce moment…

Critique | France | 05.10.2010 - 18 h 10 | 1 COMMENTAIRES
« Show Boat »: une oeuvre de légende au Châtelet

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Show Boat est généralement considéré comme la première véritable comédie musicale de l’histoire. A voir se dérouler l’action et les chansons de ce spectacle en ce mois d’octobre au théâtre du Châtelet, on a parfois du mal à croire que la première de ce spectacle s’est tenue à New York… en 1927.

(suite…)

Critique | France | 16.02.2010 - 18 h 34 | 7 COMMENTAIRES
« A Little Night Music », un voyage au cœur du Beau », par Christophe Mirambeau

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"A Little Night Music"

"A Little Night Music"

Ces lignes sont tout sauf une critique. Non, ces lignes sont là pour dire le bouleversement émotionnel et intellectuel vécus lundi soir au Théâtre du Châtelet, pour la création française de A Little Night Music de Stephen Sondheim — en présence du maître.
Car comment critiquer ce qui est incritiquable, comment disséquer un show d’une telle perfection, comment décortiquer cette comédie douce-amère, divinement spirituelle, sertie de lyrics et d’une partition sophistiqués, sensibles, virtuoses, délicats, brillants, cultivés…? Que dire d’un cast, d’une mise en scène, d’un visuel et d’un orchestre étourdissants de brio, d’éclat, de grâce et de sensibilité? Au sortir de cette représentation, aucune hyperbole ne semble suffisante pour qualifier l’indescriptible bonheur partagé par deux mille spectateurs.

LA JOIE IRRADIE LA SALLE
De la joie semblait irradier la salle depuis le plateau. Le bonheur d’une équipe à jouer ce musical, d’interpréter l’une des masterpieces du XXème siècle, et de l’offrir à la gourmandise curieuse d’un public enthousiasmé. Une joie qui vous balance de l’énergie en pleine face et vous enveloppe, vous convainc l’espace d’une soirée et pour les quelques jours qui suivent que la vie est belle et vaut la peine d’être vécue. A Little Night Music ne nous propose rien moins qu’un voyage au cœur du Beau.

Sidérés par le chic inouï du premier tableau, déjà béats d’admiration devant l’image qui se découpe, se précise et s’établit lentement sous vos yeux, saisis par la beauté des premières pages de musique, par cette valse chatoyante aux couleurs ravéliennes — on y croise, au détour d’une mesure, le souvenir de La Valse et des Valses Nobles et Sentimentales —, les sens et l’esprit révolutionnés par l’ineffable et discret glamour qui envahit l’espace, on achève de se laisser voluptueusement conquérir par cette «Petite Musique de Nuit» sitôt l’entrée de Madame Armfeldt (Leslie Caron).  Mademoiselle Caron paraît en un double et fulgurant raccourci de ce qu’elle fut naguère au bras de Gene Kelly ou de Fred Astaire, et du passé aventureux de la Madame Armfeldt qu’elle incarne en scène. La star mythique entre en valsant, s’offre à quelques cavaliers, esquisse un complet tour de valse et s’en vient prendre place sur son fauteuil roulant de comtesse douairière, sage, spirituelle et madrée.

(suite…)

Critique | 01.02.2010 - 16 h 28 | 3 COMMENTAIRES
Avec des airs de Cole Porter, Gershwin, Jerome Kern, « Broadway Lights » illumine la scène du Châtelet

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Broadway Lights, au Châtelet

Broadway Lights, au Châtelet

Rarement, les amateurs de comédie musicale n’avaient été aussi gâtés que lors du spectacle « Broadway Lights », conçu par Christophe Mirambeau, et dont l’objectif était de faire découvrir et redécouvrir 50 ans de créations américaines (1903-1950) sur les scènes parisiennes. Étant l’un des trois auteurs de ce blog Glitter and be gay, vous allez penser, chères lectrices et chers lecteurs, que l’auteur de ces lignes n’est pas objectif. Mais vous n’aurez qu’en partie raison. J’ai été totalement subjugué par l’émotion et la qualité de ce qu’il m’a été donné d’entendre au théâtre du Châtelet. Tout concourait à faire de ce spectacle une réussite: l’intelligence du choix des œuvres proposées (Porter, Beer, Kern, Gershwin), la beauté des orchestrations spécialement conçues pour l’occasion, l’énergie des interprètes (Pradon surprenant, Loïc Félix magnifique ténor, Liz Callaway vivace et Frédérique Varda divine soprano colorature). David Charles Abell prenait visiblement beaucoup de plaisir à diriger l’orchestre Pasdeloup. Une Symphonic selection de Show Boat (Mississippi, créé au Châtelet en 1929) donna le ton. Enfin, nous pouvions déguster des chefs-d’œuvre du théâtre musical américain avec toute la richesse d’un formidable orchestre.

Un intense moment d’émotion lorsque Mirambeau a annoncé la création française de Ô toi, beauté que j’adore, mélodie sublime extraite des Noces Polonaises de Joseph Beer, spectacle qui devait être créé en décembre 1940. L’occupation allemande obligea Joseph Beer, juif polonais réfugié à Paris après avoir triomphé à Vienne, à fuir à nouveau. Soixante-dix ans plus tard, sa veuve était là pour entendre pour la première fois cette œuvre magnifique.

La veille du concert, les répétitions que nous avions filmées (voir la vidéo) m’avaient déjà donné l’eau à la bouche. Mais c’est avec une joie intense, que sous le ciel glacé de Paris, je me suis surpris le soir à fredonner plusieurs mélodies de Broadway Lights, qui avait illuminé deux heures durant le Châtelet.

Critique | 05.01.2010 - 16 h 53 | 0 COMMENTAIRES
Péchés croisés

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La Compagnie des Brigands présentait ces fêtes-ci sa nouvelle folie. Au Temps des Croisades, opera bouffe de Claude Terrasse et Franc-Nohain, créé au Mathurins au début du siècle, censuré – pour libertinage excessif et mauvaise image de la noblesse – avant d’être brièvement repris en Belgique, sous le titre « Péché Véniel »… puis gentiment s’en retourner dormir au fond des bibliothèques d’éditeur.
Redormir, pas tout à fait, d’ailleurs : Charpini et Brancato firent de la Valse des Péchés l’une de leurs chansons d’entrée lors de leurs récitals — Charpini, l’homme-soprano, grand travesti devant l’éternel, y mania délicieusement le sous entendu face à son complice le baryton Antoine Brancato.
Cependant, la pièce ne fut quasi jamais reprise durant le siècle (du moins d’après les records concernant l’ouvrage).

De la déconnade grand style

L’histoire est aussi mince que délicieuse: dans un Moyen âge délicatement absurde, Dame Bertrade subit l’absence de son mari, parti aux Croisades, la laissant seule avec un page, des dames d’atours, un vieil écuyer … et sa ceinture de chasteté. Les dames de parage, amoureuses de deux jeunes écuyers, sont bien ennuyées pour se marier : l’autorisation doit leur en venir du seigneur, qui, auparavant, aura pratiqué un « droit de cuissage ». En l’absence de celui-ci, la frustration et les impossibilités règnent, … alors, on cherche et on invente des stratagèmes, plus ou moins fumeux, efficaces et tordus, pour pallier cette fâcheuse absence.
Au Temps des Croisades à l'Athénée-Louis JouvetLa réussite du spectacle revient majoritairement à son metteur en scène, Philippe Nicolle (Compagnie des 26 000 couverts, de Besançon) qui a su réimaginer l’esprit absurde qui parcourt l’ouvrage, en l’adaptant à notre sensibilité contemporaine. Et pourtant, il respecte la lettre de la pièce… Habiles anachronismes, jeu décalé, intermèdes loufoques, inattendus – voire foutrement inappropriés – fantasqueries multiples innervent le spectacle – dont cet irrésistible « musicien-bruiteur » interprété par Christophe Arnulf, admirable de bouffonnerie.
On rit à gorge déployée, et de bon cœur à toutes les folies du spectacle – d’une franche gaité, gracieusement gaulois, et on en redemande.
Ce Terrasse-là est sans doute l’une des meilleures réussites de la Compagnie des Brigands. Et si quelque grincheux vient à se plaindre de voir la pièce torpillée, ma foi, qu’il se taise : Franc-Nohain et Terrasse auraient sans doute à coup sûr applaudi des deux mains à la « relecture » de Philippe Nicolle, son parti-pris de carton-pâtes, ses costumes faussement d’époque, aux détails archi-désopilants.
Musicalement, il faut saluer le travail soigné de Thibault Perrine, qui a exécuté une réduction de l’orchestre original tout à fait convaincante.
Comme d’habitude chez les Brigands, Emmanuelle Goizé illumine le plateau de son charmant éclat, Gilles Bugeaud de sa verve et de son savoir faire naturels, tout comme Flanan Obé et ses complices masculins, très idiomatiques. Le rôle de Dame Bertrade est interprété par Charlotte Saliou bien plus comédienne que chanteuse, mais qui s’en plaindrait? Elle est simplement parfaite, irrésistible – et sa dame d’atour, a hurler de rire, aussi.
Bref, une soirée de grand plaisir.
Le spectacle est en tournée dans toute la France après les représentations parisiennes, qui se sont achevées le 3 janvier. N’hésitez pas, précipitez-vous, savourez.
Deux heures de pure folie, ça ne se refuse pas.

Critique | 23.12.2009 - 15 h 03 | 7 COMMENTAIRES
Zorro — (au choix : ) n’est pas arrivé, de conduite, pointé…

Parlons en, puisque « tout le monde en parle ». Zorro aux Folies Bergère.
Et puisque tout le monde n’en parle pas, soyez prévenus : attention, vous n’en aurez pas pour votre argent (et diantre !, à 125 euros le fauteuil… et à 40 pour les places presqu’aveugles…).

Seul recours, faire de ce pensum le show prévu pour la traditionnelle  « sortie des fêtes en famille » avec votre mamie qui vous offre la place en pensant que « c’est un spectacle moderne-pour-les-jeunes ».
Prenez ensuite le risque qu’elle adore la pièce : si mémé  se met soudain à battre des orteils et frétiller de la croupe comme si elle n’avait jamais été ménopausée, profitez-en, regardez là, ce sera toujours un meilleur spectacle que le brouet  servi en scène.

Résumé critique : grand voyage autour de rien. Rien étant par nature  — puisque c’est d’une comédie musicale dont il s’agit —  la « musique » des Gypsy Kings . Trois mots à décortiquer — musique, Gypsy, Kings —  et qui permettent une définition facile.
De la musique, il n’y en a point — mais on nous sert les deux tubes rythmiques ressassés, Jobi Joba et Bamboléo (Erk… so, Zorro, of course…).
Sinon, de maigrichonnes mélodies, musicalement fort médiocres, plates et niaise – ô la chanson de Luisa, acte II… –  invariablement accompagnées de gazouillis guitaristique, d’arpèges « gitans » d’une suprême indigence, ou alors livrées sur le mode « zapateado ». C’est à dire une armée hystérique de faux bohémiens qui jouent du talon comme d’un marteau (pilon, ça rime) à vous en fourguer des acouphènes. Le tout servi dans des beuglement rauques et autres déchirements de glotte censés avoir la légitimité du Cante Jondo. Mais qui ne sont que valeureux brâmes d’artistes qui — faut bien vivre, n’est ce pas ? — font où on leur dit de faire.

La publicité de l’affiche  nous dit « d’après le roman d’Isabel Allende ». Diable ! Serait-ce une publicité mensongère ? Du roman, il n’en existe que quelques traces : c’est bien dommage, le récit d’Allende est simplement magnifique, et même passionnant. Las! point n’est le cas de sa transposition scénique (dans ce cas précis, peut-être faudrait-il écrire « spin-off » ? ).
Raccourcis, transformations de personnages (Zorro a maintenant un frère…) et banalités sont au rendez vous. La saveur et la « couleur locale » historique du roman initial se sont dissous dans la garbure. Nous voici donc désormais devant un objet qui tient moins de la comédie musicale – vous savez, un spectacle théâtral avec du contenu tout autant que du contenant – que du « Super Lopez » : une opérette à grand spectacle du Dentiste de Montbeliard, qui fit meugler toute une génération de mercières, dans une version moderne et sans Luis Mariano.
Car du grand spectacle, il y en a. On ne peut pas dire que M. Renshaw soit un mauvais metteur en scène – loin de là. Tout est habilement fait, il n’y a rien à dire – c’est sans doute ce que je reproche le plus, ce « rien à dire » . En revanche, la direction d’acteur est pitoyable, et ne rend que peu justice aux personnages originaux d’Allende. Qu’on se replonge dans le roman avant d’aller voir le show, et la démonstration est faite d’elle-même.
On a fait jouer les artistes « à l’ancienne », comme dans une bonne vieille opérette ringarde des familles des années 50, avec gags convenus – et attendus -, cabotinages obligés en sus.
Comme peu d’artistes-chanteurs de ce cast sont de bons acteurs, on pressent le massacre, n’est ce pas?  Sans direction d’acteur précise et pointue, ils « jouent comme des chanteurs ». C’est dire. Laurent Ban (Zorro) – belle voix et plastique avantageuse, et que l’on a connu acteur habile – y compris. Il n’est guère que Georges Beller (le Vieux Gitan), qui lui ne chante pas et est un acteur du « sérail » privé parisien, Laurent Gaulejac, qui fait son travail, et surtout l’excellent Yann Dufass (transfuge du Français) qui tirent leur épingle de l’affaire – et n’en mettent que plus encore en valeur les carences en comédie de leur partenaires, qui jouent rarement dans le même code de jeu… Absence de direction d’acteurs, encore.

Du côté des filles, on ne sait qui trop admirer : l’insipide Liza Pastor, jeune gourde passablement aphone et sans aucune personnalité d’interprète  (mais c’est une « Liza with a Z », alors…), ou de la tenante du rôle d’Ines, voix inintéressante, diction aproximative, comédienne à l’émotion fabriquée, et vulgaire à souhait (rappelons-nous – cours d’art dramatique première année – que jouer un une bohémienne prostituée ne signifie pas qu’il faille obligatoirement la jouer en truie à colifichets de carte postale : même  les pouffiasses de bordels à soldats peuvent avoir de la noblesse).

Heureusement, le chorus (parmi lequel on distingue  quelques artistes de très grande valeur comme Virginie Perrier ou Léovanie Raud) est tout à fait remarquable, tout comme la direction musicale de Daniel Glet, lui aussi digne d’éloges.

Mais ça ne fait pas une comédie musicale.

La meilleure chose à faire, en somme, pour ce Zorro, c’est d’acheter le livre…