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GLITTER AND BE GAY
Un blog à trois voix consacré au théâtre musical
France | 19.10.2011 - 10 h 03 | 3 COMMENTAIRES
« Cabaret » au Théâtre Marigny: Emmanuel Moire en Emcee libertin

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Wilkommen, bienvenue, welcome back: Cabaret est de retour. Trois ans après un premier tour aux Folies Bergères, entre 2006 et 2008,  la comédie musicale revient au Théâtre Marigny à Paris, avant de partir en tournée dans toute la France.  La mise en scène est toujours celle de Sam Mendes et une grande partie du cast a été reconduite. La principale nouveauté c’est Emmanuel Moire, qui succède à Fabian Richard dans le rôle emblématique du maître de cérémonie. Si les antécédents du chanteur laissaient plutôt dubitatif (Le Roi Soleil, un répertoire très variété), force est de constater qu’il ne s’en tire pas si mal. Certes son timing de comédien n’est pas encore optimal et ses interprétations des chansons géniales de Kander et Ebb sont parfois un peu lisses, mais il parvient à insuffler un peu de personnalité dans son rôle. Joel Grey et Alan Cumming incarnaient un Emcee lubrique et décadent, celui d’Emmanuel Moire tient davantage du jeune libertin. Pourquoi pas?

Du côté des autres rôles, peu de changement. Et qui s’en plaindrait? Pierre Reggiani se montre toujours aussi touchant dans le rôle de Herr Schultz et Delphine Grandsart, troublante dans celui de Fraülein Kost. On notera par ailleurs les progrès de Catherine Arditi au chant, qui rendent ses chansons plus agréables à l’écoute. Et Claire Pérot campe décidément une excellente Sally Bowles, mutine et pleine d’énergie. Son interprétation de la chanson titre est magistrale.

Pour celles et ceux qui l’ignorent encore, Cabaret est tiré d’un roman de Christophe Isherwood, intitulé Adieu à Berlin et de la pièce I am a Camera (qui s’inspirait du roman). On y suit Cliff, un écrivain américain venu chercher l’inspiration dans le Berlin interlope du début des années 30. Il la trouve en la personne de Sally Bowles, fantasque chanteuse de cabaret au Kit Kat Club. Mais il va aussi croiser le chemin les nazis, qui entament leur irrésistible ascension.

Le propos n’a rien perdu de sa force. Et la mise en scène de Sam Mendes y ajoute une atmosphère décadente qui donne à ce cabaret un parfum de soufre, de sueur et pardonnez le mot, de foutre. Tout ce qu’on aime, quoi! Un classique à voir absolument.

Voir la bande-annonce ci-dessous:

Teaser Cabaret le musical from Stage Entertainment on Vimeo.

 

France | 07.10.2011 - 13 h 32 | 5 COMMENTAIRES
« Chantons dans le placard »: les perles de la chanson gay délicieusement revisitées

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A l’origine de Chantons dans le placard, il y a la volonté d’Hervé Latapie, créateur des Gais Musette et animateur de la Boîtes à Frissons au Tango, de monter un spectacle sur les relations entre la chanson française et l’homosexualité. Après une première tentative en 2001 intitulée Comme ils chantent, c’est Michel Heim, créateur des Caramels Fous et auteur de leurs spectacles, qui s’est vu confier l’écriture d’un spectacle moins compilation de chansons et plus théâtral. Le résultat final, Chantons dans le placard, a vu le jour en 2006, mis en scène par Christophe et Stéphane Botti et interprété par Denis d’Arcangelo (alias Madame Raymonde), Patrick Laviosa et Romain Bertrand. Il revient pour quelques semaines au Théâtre des Variétés, avec une nouvelle distribution.

QU’EST-CE QU’UNE CHANSON GAY?
L’histoire est simple: un jeune homme originaire de Chamalières –la ville de Valéry Giscard d’Estaing, monte à Paris pour passer une audition. Il s’agit d’une comédie musicale gay et il cherche à interpréter une « chanson gay ». Il hésite sur la chanson à choisir. On lui recommande de s’adresser à La mère Michel, chanteur travesti vieillissant, mais à la passion pour son métier intacte. Ensemble, et avec l’aide du pianiste et compagnon de la mère Michel, ils vont explorer le répertoire des « chansons gay » du siècle passé, en réfléchissant au passage à leur sens et à leur impact dans la culture gay. Qu’est-ce qu’une « chanson gay »? Que disent ces  chansons sur nous, sur ceux qui les chantent, sur leur époque?

LA POÉSIE DE GENET, LES CHANSONS GRAVELEUSES DE DRANEM
On revisite avec délice de nombreuses perles que les moins de 20, 30 ou 40 ans peuvent ne pas forcément connaître à l’image des chansons très ambiguës de Trénet (L’abbé à l’harmonium), en passant par la poésie de Genet (Le condamné à mort, mis en musique par Hélène Martin) ou les chansons graveleuse de Dranem (Le trou de mon quai) ou d’O’dett (Le Tsoin-Tsoin). Au passage, l’auteur se moque gentiment des chansons « homo-humanitaires », comme celles de Francis Lalanne, Lara Fabian, Renaud ou même Michel Sardou.

L’ambiance est certes à une certaine nostalgie. Mais on peut aussi le voir comme une grande déclaration d’amour à un pan de notre culture et une invitation aux gays et lesbiennes d’aujourd’hui et de demain à ne pas oublier que ces chansons racontent avant tout leur propre histoire. Notre histoire.

 Chantons dans le placard, de Michel Heim. Avec Vincent Escure, Michel Heim, Alvaro Lombard.  Mise en scène de Christophe et Stéphane BottiAu Théâtre des variétés : du mardi au samedi à 21 h 30, jusqu’au 31 décembre. Toutes les dates sur le site: Chantons dans le placard

France | 09.09.2011 - 16 h 19 | 5 COMMENTAIRES
Le programme de l’année à Paris

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Le site Regard en coulisse a listé toutes les comédies musicales qui seront produites à Paris dans la saison qui vient… Lire Saison 2011-2012, le Programme .

On retiendra en particulier la reprise de The Sound of Music (la Mélodie du bonheur) au Châtelet. A l’époque de sa création, en 2009, nous lui avions d’ailleurs consacré une série de reportages.  Si vous l’aviez manqué à l’époque, courez-y.

Autre revenant, Cabaret, que l’on pourra revoir au Théâtre Marigny. Claire Pérot incarne toujours Sally Bowles et le Maître de Cérémonie a été confié à… Emmanuel Moire.

Hairspray, sera également de retour, cette fois-ci à l’Espace Pierre Cardin.

Côté création/import de Broadway, on salue l’arrivée – enfin! – d’Avenue Q , à Bobino, en février. L’adaptation est signée Bruno Gaccio.

Côté français, on parle beaucoup de René l’énervé de Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond Point… A voir, donc…

France | 17.06.2011 - 15 h 39 | 0 COMMENTAIRES
Le Choeur de Pierre et Les Barrés de Broadway en concert

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Deux concerts pour les amateurs du répertoire de la comédie musicale:

Le Chœur de Pierre, dirigé par Pierre Babolat sera en concert au Chantier, 24 rue Hénard, Paris XIIè, dimanche 19 juin. Au programme: des extraits de Cats, Annie Get Your GunA Chorus Line, Porgy and Bess, ou encore d’Aladdin et de L’Étrange Noël de Monsieur Jack.


Les barrés de Broadway, eux seront en concert le 26 juin à 18h au Théâtre du Ranelagh. Cette toute nouvelle troupe présentera pour la première fois son tout premier spectacle: Thank you Mr Mackintosh, du nom du grand producteur anglais de comédie musicales. Au menu, extraits de Follies, Martin Guerre, Le Fantôme de l’Opéra, La petite boutique des horreurs, etc.



 

France | 10.06.2011 - 14 h 40 | 7 COMMENTAIRES
Emmanuel Moire rejoint le cast de Cabaret

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Stage Entertainment vient d’annoncer qu’Emmanuel Moire avait rejoint le casting de Cabaret, qui reviendra à Paris en octobre. Le chanteur succèdera à Fabian Richard dans le rôle masculin principal, celui du maître de cérémonies. Un choix qui laisse un peu dubitatif vu que le chanteur s’est fait connaître dans le Roi Soleil, dans un univers on ne peut plus éloigné la comédie musicale de Ebb, Kander et Masteroff et du rôle vénéneux du MC, incarné au cinéma par Joel Grey.

C’est néanmoins le seul changement important au sein de la troupe. Les autres comédiens de Claire Pérot (Sally Bowles) à Catherine Arditi (Frau Schneider), en passant par l’excellente Delphine Grandsart (Fraülein Kost), ont tous rempilé.

France | 08.05.2011 - 13 h 09 | 2 COMMENTAIRES
« Cabaret » de retour à Paris

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Stage Entertainment l’a annoncé cette semaine: Cabaret va faire son retour à Paris le 6 octobre prochain. Le spectacle se posera au Théâtre Marigny pour 90 représentations, avant de partir en tournée dans toute la France. Côté casting, on sait seulement que Claire Pérot (au centre de l’image) reprendra le rôle de Sally Bowles, où elle avait brillé lors des représentations aux Folies Bergères entre 2006 et 2008. Des auditions sont en cours pour le reste de la distribution. La mise en scène, elle, sera toujours celle de Sam Mendes.

Cabaret est une œuvre de John Kander, Fred Ebb et Joe Masteroff, respectivement à la musique, aux paroles et au livret. Elle a été inspirée par le roman de Christopher Isherwood, Adieu à Berlin.

 

 

France | 22.04.2011 - 15 h 31 | 6 COMMENTAIRES
Evénement: Sweeney Todd au Châtelet

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Et de deux. Après A Little Night Music en février 2010, le théâtre du Chatelet présente Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, de Stephen Sondheim. D’aucuns considèrent Sweeney Todd comme le chef d’œuvre du compositeur et lyriciste Stephen Sondheim. Si on n’est pas obligé de partager cet avis, tant certaines autres comédies musicales de l’américain regorgent de merveilles, force est de constater que cette histoire adaptée d’une pièce de Christopher Bond fait mouche à tous les niveaux. En particulier du côté de l’extraordinaire partition, qui se veut un hommage à Bernard Herrmann, compositeur de musiques de films – on lui doit les B.O. de nombreux Hitchcock.

Avec les gros moyens mis à sa disposition, la production du Châtelet rend un bel hommage à la démesure de l’œuvre. Près d’une quarantaine de comédiens sont présents sur scène, les premiers rôles se montrent solides (Rod Gilfry et Caroline O’Connor) et les seconds rôles  excellents (en particulier Nicholas Garrett et Pascal Charbonneau, qui incarnent respectivement Anthony et Toby). A la mise en scène, Lee Blakeley, à qui on doit déjà celle de A Little Night Music en février 2010,  reste relativement fidèle à celle d’Harold Prince – même si on se perd parfois dans les rideaux censés séparer les différents espaces. L’Ensemble orchestral de Paris (auquel succèdera l’Orchestre Pasdeloup), lui, permet d’entendre la musique de Sondheim avec un orchestre digne de ce nom, ce qui est de plus en plus rare sur Broadway, comme le compositeur lui-même le rappelle souvent. Mais était-il besoin de l’amplifier?

A voir d’urgence.

Yagg vous propose ci-dessous quelques extraits. Les habitués reconnaîtront The Ballad of Sweeney Todd, The Worst Pies in London, Johanna, A little Priest, Not While I’m around

Toutes les infos sur Sweeney Todd

Broadway | France | 09.04.2011 - 19 h 50 | 0 COMMENTAIRES
SAUNA, le Musical — ou salle de bain ?

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Le magasine Bickpunkt Musical (www.blickpunktmusical.de) m’a demandé récemment une critique de Sauna, le musical qui se joue actuellement au théâtre Clavel. Le numéro d’Avril étant sorti, je vous livre cette critique, en français bien sûr.

La saison parisienne a été pour l’instant dominé par  trois  création d’un intérêt certain : Chienne, d’Alexandre Bonstein, La Nuit d’Elliot Fall de Vincent Daenen et Thierry Boulanger et la première française de She Loves Me au théâtre de Paris. Ces trois nouveautés marquent le  mouvement de renaissance de la comédie musicale en France, en marge des grandes machines internationales importées par Stage Entertainment à  Mogador ou aux Folies Bergère (« Lion King », « Cabaret », « Zorro », « Mamma Mia ») et des productions « opératiques » du Théâtre du Châtelet (« Show Boat », « My Fair Lady »).

Sauna le musical en création parisienne — titre original : Bathhouse —s’inscrit dans  cette volonté de  renouveau du spectacle musical hexagonal, hors du circuit subventionné et des maisons d’opéra — un  désir avant tout initié par les artistes eux-mêmes plus que par les producteurs (Diva, réseau des créateurs de théâtre musical, est à cet égard un acteur majeur de cette  renaissance).

Sauna est un musical de petite forme, créé en 2006 à Orlando à l’occasion du Fringe Theatre Festival, et joué à Londres ces deux saisons passées off West End.

On peut s’interroger sur le choix même de cet ouvrage. Bien des ouvrages de même format sont d’une tout autre voilure, mais, vrai ! Mais baste ! au Sauna, contentons-nous de fine vapeur…

On sait les difficultés actuelles de production que rencontre actuellement tout entrepreneur de théâtre musical en France.

Est-ce parce que l’œuvre s’avère incontournable que l’équipe de conception et de production a choisi de monter ce spectacle?

Est-ce parce que l’orientation gay — franchement gay — de l’œuvre garantit aux producteurs un marché captif, un fonds de public qui, quoi que soit le spectacle, se déplacera et remplira les fauteuils en raison de l’étiquette associée au spectacle ?

Ou bien, plus subtilement, s’agirait-il d’une cote mal taillée qui, aux perspectives et exigences économiques nécessaires à la survie d’un spectacle musical à Paris, associe le plaisir de la provocation, de l’inattendu — le mariage du chaud, du cul, et du chant ?

C’est sans doute ce qui rend ce spectacle si réjouissant. L’histoire est à peine un alibi qui aligne des poncifs et des lieux communs résumés autour d’un minuscule pitch : la visite guidée d’un sauna gay,  rencontre de ses habitués de tous genres (consommateurs de sexe, bisexuels mariés, jeunes délurés) à travers les aventures d’un jeune gay innocent et candide.

La partition de ce musical qui tire largement vers le cabaret-act chantant est d’assez peu d’intérêt. La pauvreté d’inspiration du couple d’auteurs, Tim Evanicki et Esther Daack, fait grand peine et s’avère même parfois gênante (le titre d’ouverture, « Le B-A ba du Sauna » ne peut hélas racheter un faux duo d’amour – «  Vaine chanson d’amour » dont la platitude mélodique absolue est l’un des sommets du Grand Rien). Il aura fallu l’imagination et l’habileté d’un jeune adaptateur français, Baptiste Delval, pour donner un peu de consistance fantasque à des lyrics trop attendus. À grand renfort de mots argotiques, de vulgarités balancées, Delval transforme l’oeuvrette en provocation quasi pornographique, et, miracle : on sourit, on s’amuse de tant de bite, couilles, poppers et godes jetés à l’emporte pièce au public en guise de pitance. On n’écoute dés lors que bien peu la musique, en se demandant quelle sera la nouvelle astuce de lyrics que l’adaptateur va user pour animer chansons et situations— certes en regrettant que l’œuvre exclue d’elle-même les hétéros du public, si tant est qu’il y en ait.

Ce genre d’ouvrage, si ténu, si faible, nécessite un cast particulièrement habile, un quatuor d’acteurs-chanteurs qui saurait par son propre abattage relever le musical du néant où il plonge irrémédiablement. À Londres, l’affaire était entendue : Le brio du cast « faisait tout ».

À Paris, hélas, tel n’est pas le cas. S’il fallait critiquer les artistes, ont noterait de l’un qu’il est aphone, de l’autre qu’il brâme en voulant montrer qu’il a la plus grosse (voix, naturellement), de celui-ci qu’il n’a pas encore la voix placée… Seul le jeune Grégory Garell remporte les suffrages : du charisme, un charme irrésistible, une couleur vocale intéressante et une tessiture au grand potentiel. La mise en scène se veut inventive, mais elle est hélas bornée par la capacité de jeu nettement limitée des comédiens — encore une fois, l’adaptation « tient » le show et sauve les artistes d’un jugement trop sévère. Pudibonderie à la française, dans une période ou malgré toute notre bonne volonté, le politiquement correct nous rattrape à grandes enjambées, point de nudité frontale, à l’inverse de Londres où les seuls costumes se résumaient à une serviette éponge par artiste. Ici, l’abus de petites culottes et slips affriolants — en porte-t-on dans un sauna ? — marque le pas d’une fausse pudeur en totale contradiction avec le sujet même du spectacle. Hypocrisie ? Il fallait certainement aller au bout (sans jeu de mots) du principe induit…

Or donc, ce ne sera donc pas demain la veille que Paris applaudira Naked Boys Singing, la désopilante revue qui porte si bien son titre et triomphe depuis cinq ans off Broadway !

Si Sauna n’est qu’une réussite artistiquement assez médiocre dans son ensemble, le public mâle se presse en masse au théâtre Clavel. Alors, même si c’est bien plus par attrait de la chair fraiche que par gout affirmé du musical, souhaitons que malgré tout cette entreprise ci soit à sa façon une pierre supplémentaire apportée à la renaissance du spectacle musical en France.

 

France | 13.02.2011 - 11 h 40 | 0 COMMENTAIRES
Tea-dance « Life is a musical » le 3 avril prochain

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Envie de danser sur All that jazz ou You can’t stop the beat? Le tea-dance Life is a musical revient pour une deuxième édition le 3 avril prochain au Tango à Paris. Au menu: musique 100% Broadway et performances live par les élèves de l’AICOM…

Toute les infos sur le site Lifeisamusical.fr

Broadway | Châtelet | Critique | France | 29.12.2010 - 00 h 06 | 6 COMMENTAIRES
My Fair Lady — Châtelet.

La Création Française de la version originale de My Fair Lady au Théâtre du Châtelet était un événement attendu. Création Française, car l’on ne peut véritablement considérer la tournée de l’ouvrage, il y a plus de dix ans  (à Mogador avec Richard Chamberlain) comme une vraie première locale.
On attendait merveilles de cette nouvelle production signée du grand Robert Carsen. Eh bien ! En effet. On a eu merveilles. La mise en scène de Carsen,  fluide, maline, est une vision très classique de l’ouvrage — mais faut-il vraiment une « relecture » de cette version musicale du Pygmalion de Shaw ? ce serait sans doute prendre le risque de dénaturer définitivement une pièce ancrée en son temps. Carsen s’est seulement permis de déplacer l’ouvrage à l’aube des années quarante — pour une question d’esthétique. On remarquera donc dans le spectacle tous les « gimmicks » habituels et passages obligés  des mises en scène de My Fair Lady — magnifiquement réalisés.

Le décor de Tim Hatley est d’une grande beauté. Intégralement dans les blancs, jouant des ombres et des lumières, des a-plats et des reliefs, imagine un Londres à la fois réaliste et délicieusement « de carte postale » — le décor de Covent Garden est particulièrement réussi — ou joue de sobriété, avec une justesse remarquable — l’intérieur de la demeure de Madame Higgins, aussi moderne que son fils est conservateur.

My Fair Lady, un thé à Ascot

De la distribution, l’on ne peut en dire que du bien : Sarah Gabriel est une touchante Eliza, qui sait varier sa palette d’expression, de la gouaille cockney à la grâce la plus exquise, tantôt populaire, tantôt élégante. son « Just You Wait » était particulièrement réussi et théâtral, « I Could Have Danced » d’un charme absolu, « Show Me » un peu en dessous — du point de vue de l’énergie, de l’énervement et de la rage qu’Eliza doit montrer — et pourtant convaincant. Ses partenaires sont admirables : Ed Lyoon est un Freddy plus que bien chantant (bien qu’on se passerait aisément de ces coquetteries de ténor qui ternissent la fin de « On The Street Where You Live »), drôle, séduisant, en un mot: exquis. Alex Jennings est un Professeur Higgins plus que parfait (que dire de plus après qu’il ait été couronné d’un Laurence Olivier Award pour ce même rôle à Londres, pour le revival de l’ouvrage en 2003). sa gestion du parler-chanter est impeccable, le personnage odieux et attachant à souhait, d’une réjouissante mufflerie, tout comme est délicieux le Pickering de Nicholas Le Prevost – parfait. Une mention spéciale pour Donald Maxwell, baryton d’opéra très connu des scènes lyriques, qui incarne le père Doolittle avec une fantaisie dont on ne se lasse pas – il n’est même pas la peine de noter la qualité musicale et vocale de son interprétation tant Maxwell excelle. L’ensemble de la distribution réunie ici par Jean Luc Choplin est, quoi qu’il en soit, à saluer bien bas.

My Fair Lady, Alex Jennings(Higgins) et Nicholas Le Prevost (Pickering), dans le bureau d'Higgins

Dans la fosse, l’Orchestre des Concerts Pasdeloup, dirigé par Kevin Farell — déjà en fosse pour, la saison précédente, Sound of Music. Le Pasdeloup est fidèle à sa réputation d’excellence : une fois encore, il accompagne le show avec toute la musicalité, le punch et le swing requis — rendant grâce à l’excellente partition de Loewe, compositeur phare de Broadway et maître parmi les maîtres du genre. Je n’ai en revanche pas été conquis par la direction musicale de Kevin Farell  : des molesses qui me paraissent contestables (la lourdeur de toute la coda de la valse de l’Ambassade de Transylvanie qui clôt le 1, « The Rain In Spain », dont la partie orchestrale brille par sa mollesse, malgré les efforts du Pasdeloup pour dynamiser un chef globalement peu passionnant – pareillement pour le petit choral qui conclut « You Did It » acte II) et des choix musicaux qui m’ont troublé : pourquoi ne pas suivre les indications de la partition, qui propose trois tempi différents (de plus en plus rapides) lors des « Poor Professor Higgins » chanté en choeur par les domestiques entre chacune des difficiles leçons d’Eliza (Acte I), et demeurer au  seul 1er tempo pour les trois interventions ? Pourquoi tant de maniérismes dans le « Just You Wait » d’Eliza ? Certes, il est agréable de voir un chef souligner la théâtralité d’une chanson, de le voir mettre en relief les raffinements musicaux qui accompagnent et servent le texte, mais de là à « plomber » toute une chanson pour montrer sa compréhension du numéro… Le spectateur que je suis a eu quelques sursauts d’agacement.

Malgré ce petit détail de direction d’orchestre, My Fair Lady est un des spectacles parmi les plus recommandables (si ce n’est le seul) qui se puisse voir dans un grand théâtre parisien en ce moment…