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GLITTER AND BE GAY
Un blog à trois voix consacré au théâtre musical
Critique | Opera Bouffe | Théâtre musical | 21.09.2011 - 17 h 22 | 3 COMMENTAIRES
Vive tous les Renés énervés ! — Rond-Point, 10.09.2011

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Une création de comédie musicale pour commencer la saison : quel meilleur augure pour 2011/2012 que celui-ci? D’autant que le propos est basé — comme tout opéra bouffe qui se respecte — sur les aventures de personnages issus du monde réel. Sarkozy, rien moins que lui, objet d’une joyeuse satire théatro-musicale, suivi de sa cohorte de veules courtisans et autres compétiteurs grotesques. Une opérette politique, en somme. Bon dieu, comme cela fait du bien, le théâtre musical ramené à sa source première.

Jean-Michel Ribes a tricoté un livret et des lyrics aux petits oignons. René l’énervé, bouillant Achille moderne, vibrionnant épicier poussé jusqu’au destin présidentiel, est élu en remplacement  du vieux chef de l’état : Les citoyens d’un pays imaginaire cherchent un nouveau leader, leur vieux président malade s’en allant. Soudain, ils aperçoivent un petit homme agité courant matin et soir. Il se nomme René. Énergique et courant droit, n’appréciant que le bon sens. René est repéré par le parti majoritaire. L’heure est électorale et René est matinal. Soutenu par sa mère, René devient l’homme providentiel d’un pays en mal d’autorité à poigne et de confort sécuritaire. Autour de lui, des opposants s’opposent, emmenés par Ginette et Gaufrette, résume le programme.

Les scènes de Ribes – en vers de rimes plates, comme pour souligner la dimension parodique – sont très souvent désopilantes et s’attaquent aux épisodes qui ont marqué le quinquennat. Le personnage étant un bonheur pour les auteurs … Habile, Ribes écrit ses lyrics avec soin – il les bichonne, il les polit, il les sophistique (j’ai noté quelques rimes internes, de la rime senée, aussi, et quelques autres façons de lettré qui donnent de la tournure et font sonner l’esprit). Si quelques vers sentent parfois légèrement le dictionnaire de rimes – ce qui prouve qu’au moins lui en a un et sait s’en servir – la grande qualité générale des lyrics fut un bonheur pour moi.
La partition de Reinhardt Wagner mérite des éloges; l’esprit de Weill plane, discrètement – efficacement. L’écriture inventive, à la fois mélodique et subtilement aride – le « joli » opérettique n’est pas une règle à suivre absolument – , les sections de style et d’humeur différentes qui s’ajustent les unes aux autres, le souci de la prosodie et de la bonne compréhensibilité du texte, dénotent d’une maîtrise d’écriture certaine et d’un vrai sens du théâtre musical.
Très étrangement, on apprécie encore plus la partition de René l’Enervé au disque. Pourquoi ? Le son, sans doute, qui n’est pas des plus flatteurs pour l’ensemble instrumental. Le piano sonne  assez « Bontempi » là ou l’on attend une chaleur, une plénitude ou une verdeur – du Steinway grand concert au piano « bastringue » … -, qui enrichit l’orchestration de ses harmoniques au lieu de l’aplatir (cela rend toutes les doublures de lignes mélodiques et la fonction de remplissage harmonique du piano spécialement fades et pesantes) – une orchestration pour petit ensemble   de poly-instrumentistes (remarquables musiciens !) alla Weill, justement.
J’étais par ailleurs gêné de remarquer que l’ensemble instrumental ne sonne  pas homogène. Question d’acoustique, sans doute. Mais aussi, et sûrement, de direction musicale,  que j’ai trouvé ce soir là routinière et sans feu, sans réelle conception stylistique globale, plus attachée à la cohésion rythmique générale et à la battue  qu’à la couleur et au velouté qu’appelle justement, par la loi des contrastes, la musique de Reinhardt Wagner  (qui demande, de mon point de vue, que s’accordent subtilement, comme dans les ouvrages de théâtre musical de Weill, rigueur et saveur).

René, c’est le formidable Thomas Morris, une personnalité bien chantante dont la vis comica ne se dément jamais tout du long de ces 2h30 de spectacle. Transformé en petit trotteur agité au physique ingrat, l’artiste réussit le tour de force de ne jamais charger le trait — la farce s’épanouit alors d’elle-même tant l’évocation du petit Nicolas devenu grand s’approche de la vérité. Un petit chœur antique – et à l’antique – introduit et commente les scènes et situations de la pièce. Ribes nous amuse de références à la vie de Notre Président pour de vrai  (sa campagne, sa mère, Neuilly, son élection, son goût pour le « bon sens », son divorce, son remariage avec Carla, la Chasse au Roms, etc….), transformées en délirants numéros musicaux – l’ensemble de la talonnette ou la chanson sur les Arabes, l’épisode « bling bling » faisant par exemple partie de ces moments les plus réjouissants du spectacle. Affublé à mi-parcours d’un double – un « autre lui-même » censé, que j’ai analysé comme l’émanation de ce qu’il aurait pu être au lieu de ce qu’il est – assiste effondré, effaré, à l’irrésistible ascension d’un abruti que rien ne peut ramener à la raison. Jacques Verzier, remarquable à son habitude, incarne ce René 2  avec une telle humanité qu’on se prend à presque éprouver de la sympathie (ou de la pitié) pour l’énergumène René 1. On se rappelle soudain avec gêne que ce dernier est un démarquage de Sarkozy – et l’on s’en veut presque d’avoir failli s’adonner au péché d’empathie… Le miracle du théâtre.
Autres personnages délirants et désopilants, Ginette et Gaufrette, Martine Aubry et Ségolène Royal croquées par un Ribes déchaîné. Martine semble plus vraie que nature – un peu tarte et gourmée, s’attachant à rattraper les bourdes de sa tribu en courageuse vraie bonne fille (Sophie Angebault, juste parfaite).  Ginette/Ségolène, emportée et grisée par son propre lyrisme un tantinet ridicule, est portraiturée avec brio par une Emmanuelle Goizé au meilleur de sa forme — irrésistible.
On ne dira jamais assez de bien de l’équipe du spectacle, parmi laquelle se distingue également Gilles Vajou, artiste impeccable d’une suprême élégance,  Till Fechner – ministre mi-Hortefeux, mi-Guéant- à l’autorité certaine, les gorgeous et bien chantants Benjamin Colin et Guillaume Severac-Schmitz, Sinan Bertrand (toujours irrésistible), Sébastien Lemoine (épatant), et Rachel Pignot (un délicieux rossignol dans le gosier) ou Jeanne-Marie Lévy, tordante Mamaman du Président.

En somme, et pour résumer, un spectacle qu’il est de salubrité publique d’aller voir !