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GLITTER AND BE GAY
Un blog à trois voix consacré au théâtre musical
Broadway | France | 09.04.2011 - 19 h 50 | 0 COMMENTAIRES
SAUNA, le Musical — ou salle de bain ?

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Le magasine Bickpunkt Musical (www.blickpunktmusical.de) m’a demandé récemment une critique de Sauna, le musical qui se joue actuellement au théâtre Clavel. Le numéro d’Avril étant sorti, je vous livre cette critique, en français bien sûr.

La saison parisienne a été pour l’instant dominé par  trois  création d’un intérêt certain : Chienne, d’Alexandre Bonstein, La Nuit d’Elliot Fall de Vincent Daenen et Thierry Boulanger et la première française de She Loves Me au théâtre de Paris. Ces trois nouveautés marquent le  mouvement de renaissance de la comédie musicale en France, en marge des grandes machines internationales importées par Stage Entertainment à  Mogador ou aux Folies Bergère (« Lion King », « Cabaret », « Zorro », « Mamma Mia ») et des productions « opératiques » du Théâtre du Châtelet (« Show Boat », « My Fair Lady »).

Sauna le musical en création parisienne — titre original : Bathhouse —s’inscrit dans  cette volonté de  renouveau du spectacle musical hexagonal, hors du circuit subventionné et des maisons d’opéra — un  désir avant tout initié par les artistes eux-mêmes plus que par les producteurs (Diva, réseau des créateurs de théâtre musical, est à cet égard un acteur majeur de cette  renaissance).

Sauna est un musical de petite forme, créé en 2006 à Orlando à l’occasion du Fringe Theatre Festival, et joué à Londres ces deux saisons passées off West End.

On peut s’interroger sur le choix même de cet ouvrage. Bien des ouvrages de même format sont d’une tout autre voilure, mais, vrai ! Mais baste ! au Sauna, contentons-nous de fine vapeur…

On sait les difficultés actuelles de production que rencontre actuellement tout entrepreneur de théâtre musical en France.

Est-ce parce que l’œuvre s’avère incontournable que l’équipe de conception et de production a choisi de monter ce spectacle?

Est-ce parce que l’orientation gay — franchement gay — de l’œuvre garantit aux producteurs un marché captif, un fonds de public qui, quoi que soit le spectacle, se déplacera et remplira les fauteuils en raison de l’étiquette associée au spectacle ?

Ou bien, plus subtilement, s’agirait-il d’une cote mal taillée qui, aux perspectives et exigences économiques nécessaires à la survie d’un spectacle musical à Paris, associe le plaisir de la provocation, de l’inattendu — le mariage du chaud, du cul, et du chant ?

C’est sans doute ce qui rend ce spectacle si réjouissant. L’histoire est à peine un alibi qui aligne des poncifs et des lieux communs résumés autour d’un minuscule pitch : la visite guidée d’un sauna gay,  rencontre de ses habitués de tous genres (consommateurs de sexe, bisexuels mariés, jeunes délurés) à travers les aventures d’un jeune gay innocent et candide.

La partition de ce musical qui tire largement vers le cabaret-act chantant est d’assez peu d’intérêt. La pauvreté d’inspiration du couple d’auteurs, Tim Evanicki et Esther Daack, fait grand peine et s’avère même parfois gênante (le titre d’ouverture, « Le B-A ba du Sauna » ne peut hélas racheter un faux duo d’amour – «  Vaine chanson d’amour » dont la platitude mélodique absolue est l’un des sommets du Grand Rien). Il aura fallu l’imagination et l’habileté d’un jeune adaptateur français, Baptiste Delval, pour donner un peu de consistance fantasque à des lyrics trop attendus. À grand renfort de mots argotiques, de vulgarités balancées, Delval transforme l’oeuvrette en provocation quasi pornographique, et, miracle : on sourit, on s’amuse de tant de bite, couilles, poppers et godes jetés à l’emporte pièce au public en guise de pitance. On n’écoute dés lors que bien peu la musique, en se demandant quelle sera la nouvelle astuce de lyrics que l’adaptateur va user pour animer chansons et situations— certes en regrettant que l’œuvre exclue d’elle-même les hétéros du public, si tant est qu’il y en ait.

Ce genre d’ouvrage, si ténu, si faible, nécessite un cast particulièrement habile, un quatuor d’acteurs-chanteurs qui saurait par son propre abattage relever le musical du néant où il plonge irrémédiablement. À Londres, l’affaire était entendue : Le brio du cast « faisait tout ».

À Paris, hélas, tel n’est pas le cas. S’il fallait critiquer les artistes, ont noterait de l’un qu’il est aphone, de l’autre qu’il brâme en voulant montrer qu’il a la plus grosse (voix, naturellement), de celui-ci qu’il n’a pas encore la voix placée… Seul le jeune Grégory Garell remporte les suffrages : du charisme, un charme irrésistible, une couleur vocale intéressante et une tessiture au grand potentiel. La mise en scène se veut inventive, mais elle est hélas bornée par la capacité de jeu nettement limitée des comédiens — encore une fois, l’adaptation « tient » le show et sauve les artistes d’un jugement trop sévère. Pudibonderie à la française, dans une période ou malgré toute notre bonne volonté, le politiquement correct nous rattrape à grandes enjambées, point de nudité frontale, à l’inverse de Londres où les seuls costumes se résumaient à une serviette éponge par artiste. Ici, l’abus de petites culottes et slips affriolants — en porte-t-on dans un sauna ? — marque le pas d’une fausse pudeur en totale contradiction avec le sujet même du spectacle. Hypocrisie ? Il fallait certainement aller au bout (sans jeu de mots) du principe induit…

Or donc, ce ne sera donc pas demain la veille que Paris applaudira Naked Boys Singing, la désopilante revue qui porte si bien son titre et triomphe depuis cinq ans off Broadway !

Si Sauna n’est qu’une réussite artistiquement assez médiocre dans son ensemble, le public mâle se presse en masse au théâtre Clavel. Alors, même si c’est bien plus par attrait de la chair fraiche que par gout affirmé du musical, souhaitons que malgré tout cette entreprise ci soit à sa façon une pierre supplémentaire apportée à la renaissance du spectacle musical en France.